07 octobre 2010

Fessée en sourdine...

1954 - "Deaf sentence"

"La vie en sourdine" de David Lodge...

Un livre paru en 2008. Qui me donne des idées. Que vous soyez "la main" ou "les fesses", est-ce que ça vous évoquera les mêmes envies, est-ce que vous aurez envie de vivre ça à votre tour ?

Un texte indiqué par Myamu qui a eu la gentillesse de m'en scanner les pages incriminées et un long préambule pour me situer l'histoire.

Un délice inattendu...

Auteur britannique David Lodge a un certain succès en France. Ses romans décrivent en général la société anglaise contemporaine avec humour et ses personnages sont souvent des universitaires, intellos un peu coincés mais capables de dérision sur eux-mêmes et leur environnement.

Donc pas du tout le genre de roman à se lire d'une seule main, même si la sexualité n'en n'est pas totalement absente, mais toujours décrite de façon peu érotique et souvent un peu pitoyable...

Le narrateur (le professeur) accepte après beaucoup de tergiversations d'aider une (jolie) étudiante américaine à écrire sa thèse (sur le thème des lettres écrites par les candidats au suicide !) plus ou moins en cachette de son épouse à cause de divers quiproquos dûs à sa surdité.

Il découvre à leur deuxième entretien de travail qu'elle a annoté avec un marqueur violet un livre emprunté à la bibliothèque universitaire, ce qu'il considère comme un sacrilège impardonnable et tire prétexte de ce flagrant manque d'éducation et de savoir-vivre pour lui indiquer qu'il cesse dès lors de l'aider.

Il part précipitamment et en colère de l'appartement de la jeune femme (Alex), en oubliant son parapluie...

"25 novembre. Je ne m'imaginais pas un seul instant qu'Alex accepterait la rupture de nos relations sans tenter une démarche de réconciliation. J'ai pensé qu'elle allait proposer de me rapporter mon parapluie et utiliser ce prétexte pour me revoir.

Au lieu de ça, j'ai reçu d'elle ce courriel ce matin:

Cher Desmond,

Vous avez raison d'être en colère, c'était un geste méprisable, un truc stupide, égoïste, crétin, et je mérite d'être punie pour ça. Je veux que vous me punissiez. Venez à mon appartement à la même heure le même jour la semaine prochaine. Si vous ne pouvez pas, dites-moi par courriel quels sont vos après-midi libres et j'en choisirai un. Venez à Wharfside Court et, à exactement trois heures, appuyez trois fois sur ma sonnette.

Je ne répondrai pas à l'interphone, mais j'ouvrirai la porte du hall – vous entendrez le déclic. Le pêne de ma porte d'entrée ne sera pas engagé, vous n'aurez qu'à pousser, la porte s'ouvrira. Fermez-là derrière vous et relâchez le pêne pour qu'il s'enclenche.

N'appelez pas. Ne dites rien. Suspendez votre manteau dans le vestibule. Entrez dans le salon. Les sores seront fermés et la pièce sera plongée dans la pénombre. N'allumez pas le plafonnier. Il y aura une lampe avec une ampoule rouge allumée sur un guéridon. Vous verrez que je suis penchée sur la table, la tête sur un coussin. Je serai nue de la taille jusqu'aux pieds. Ne dites rien. Approchez-vous derrière moi et mettez-vous en position pour me fesser. Enlevez votre veste et retroussez vos manches de chemise si vous le voulez.

N'essayez pas de me sauter. Ceci n'est absolument pas une invitation à me baiser, mais à me punir. N'utilisez que le plat de votre main, et non une baguette ou un quelconque instrument, mais frappez-moi aussi fort que vous voudrez, autant de fois que vous voudrez. Si je crie, si je sanglote dans le coussin, n'arrêtez pas. Chassez cette colère de votre système. Quand vous en aurez assez, que vous vous serez purgé, contentez-vous de partir sans rien dire comme vous êtes venu. Refermez la porte de l'appartement derrière vous et quittez l'immeuble.

La prochaine fois que nous nous rencontrerons, on ne dira rien de ce qui s'est passé, rien à propos de ce livre de bibliothèque. Le dossier sera clos. Nous pourrons continuer comme si rien ne s'était passé. C'est bon.

Alex

J'ai dû relire le tout une demi-douzaine de fois et j'ai eu à chaque fois une érection. Je n'ai aucune intention de me rendre au rendez-vous qu'elle propose, mais je n'arrive pas à chasser le scénario sadien de mon esprit. C'est si facile de m'imaginer arrivant comme dans un film, à l'immeuble, consultant ma montre, appuyant trois fois sur le bouton de la sonnette de l'appartement 36 à trois heures précises, entendant le déclic tandis que la serrure du hall d'entrée s'ouvre, montant au deuxième étage, entrant en catimini dans l'appartement, refermant la porte derrière moi, enlevant mon manteau dans le vestibule presque obscur, éclairé seulement par la faible lueur rouge venant du salon.

Quand j'entre dans la pièce, c'est exactement comme elle a dit…"

Je dois avouer que j'adorerais recevoir un mail comme celui-là.

Une nuit, je suis allé à un blind date qui pourrait un peu s'en rapprocher. Je vous raconterai, je l'ai peut-être déjà fait, d'ailleurs je vais regarder ça. En attendant, la conclusion:

"Les stores sont baissés, la pièce est éclairée par une lampe rouge dans un coin et elle est là, penchée au-dessus de la table, la tête posée sur un coussin et tournée d'un côté, mais pas du mien, si bien que je ne peux pas voir son visage, un tee-shirt noir lui couvre le haut du corps alors qu'elle est nue à partir de la taille, mis à part ses souliers noirs et lustrés à talons hauts (détail ajouté par mon imagination), ses fesses roses bien en vue.

J'enlève ma veste, retrousse ma manche de chemise droite, puis, avec les doigts de mes deux mains, ajuste l'angle de ses hanches et caresse la courbe de ses fesses à la manière d'un cynophile qui apaise son chien de race fébrile pour qu'il se montre à son avantage.

Je ramène mon bras vers moi puis le lance vers l'avant, mettant ainsi ma paume ouverte en contact avec ses fesses… Le bruit et la sensation que me procure le contact de ma chair avec la sienne explosent dans ma tête. Je l'entends qui halète. Je laisse ma main traîner une seconde là où elle s'est posée avant de la retirer et de frapper encore, encore et encore, m'arrêtant délibérément entre chaque coup, privilégiant tantôt une fesse, tantôt l'autre, à tour de rôle, laissant chaque fois ma main cuisante reposer un peu plus longtemps là où elle s'est posée.

Je ne m'étais jamais abandonné à un tel fantasme auparavant. Comment cette femme a-t-elle eu l'intuition que, quelque part dans ma psyché, il sommeillait sans que je le sache, n'attendant que d'être libéré ?"

Le roman reprend ensuite son cours normal et la belle américaine ne réapparaîtra dans le récit que soixante pages plus tard...

 Texte: "la vie en sourdine" © David Lodge

9 commentaires:

  1. A mon avis, le meilleur roman de David Lodge est "Nice work" traduit sous le titre "Jeu de société", dans lequel se confrontent monde du travail et monde universitaire.

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  2. Je suis une fan de David Lodje !
    Ce qui est amusant c'est que le dernier que j'ai lu c'est justement "la vie en sourdine" !
    Je me souviens c'était cet été allongé dans l'herbe du champs. Dès la lecture des mots de la lettre d'Alex - je mérite d'être punie pour ça - Je me suis dis non c'est pas VRAAAAAAI....! :D

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  3. Ellie, vous méritez une fessée pour une faute dans le nom de votre auteur de l'été !...

    Sinon, excellent passage, j'aime beaucoup, encore une fille qui montre que ce sont "elles" qui décident, au fond. C'est elle qui décide de la punition, du rituel, de la façon de claquer... Marrant. Et très bien vu.

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  4. Faut m'excuser, M'sieur, le 'j' est presque à coté du 'g' ... :s

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  5. Avec le H entre quand même. Aspiré, donc. Bon, sinon, ce livre ? ça ne donne d'idées à personne ?

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  6. Des idées? si, forcément...
    Le passage en question est effectivement très agréable à lire pour les passionnés que nous sommes. Ce que j'aime assez, c'est la précision de la jeune femme sur sa demande d'être punie, mais surtout pas prise.

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  7. C'est tout l'intérêt de la chose. Maintenant, pourriez-vous vous imaginer dans la peau de cette jeune femme ? C'est la question...

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  8. L'imagination est mon point fort, la réalisation malheureusement ne l'est pas. Bien sûr que je peux me projeter facilement, tout est réalisable dans les fantasmes. Mais je suis bien trop pudique pour oser franchir le pas. Bien trop fidèle aussi. Mais c'est une autre histoire.

    Je suis assez admirative des femmes qui osent ceci dit. Quoique, en y repensant, un soir il n'y a pas très longtemps, mon homme ne digérait pas un comportement que j'avais eu, du coup, un peu éméchée, je lui ai soufflé à l'oreille "punis moi avant de me pardonner". Il s'est bien appliqué. On se sent comme "lavée" après. Comme un soupir de bien être après un gros chagrin.

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  9. Je suis certain que c'est "vivable" et conjugalement possible même si la transgression est intéressante, dans le cas du passage de ce livre. J'ai eu un jour une approche dans le noir qui pourrait un peu s'apparenter à ça. Une rencontre étonnante, sans suite. et sans fessées, d'ailleurs. Je croyais en avoir parlé, mais je ne retrouve pas. ça sera pour une autre fois.

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