14 décembre 2007

Lecture du vendredi...

449 - Petite Dactylo est paru aux éditions Jean Fort en 1914.

En voici la couverture originale. Il y a eu des rééditions ensuite, sous le label "Orties Blanches" et chez Dominique Leroy entre autres, mais c'est le dessin ci-contre qui fait autorité pour la première édition.

1914. Funeste année sur le plan international, on le sait. Mais prolixe pour Pierre Mac Orlan, (ou encore Pierre Dumarchey) qui écrivit le livre précité, dont j'ai déjà un peu parlé... et dont voici un extrait:

"Un matin, je prévins Mary que je m’absenterais l’après-midi pour me rendre dans une école que je devais inspecter. Je lui donnai mes instructions. Elle me promit d’être sérieuse. Je partis. En arrivant au collège de jeunes filles, j’appris que la directrice était absente et que les corrections de la semaine seraient remises à la semaine suivante. Il faut vous dire que j’assiste toujours à la punition des sottes indisciplinées que l’on fouette sans ménagement après les avoir hissées sur un cheval de bois qu’elles appellent le "pony ".

Je repris donc le chemin de la maison avec un certain pressentiment qui devait se réaliser. Au lieu de pénétrer par la porte du jardin qui donne sur la rue, je fis le tour et poussai la petite porte qui donne sur les communs. La fenêtre de la cuisine était ouverte, et, par cette fenêtre ouverte, je vis Mary qui, assise sur les genoux du commis, se laissait sans honte embrasser dans le cou par ce débauché.

Les deux misérables m’aperçurent. Mary jeta un cri et sauta à terre, tandis que son galant, passant par la fenêtre, se hâtait de traverser le jardin et de s’enfuir dans la rue. Mary voulut le suivre, sachant très bien ce qui l’attendait, je me mis à sa poursuite et l’atteignis par le bras juste comme elle allait ouvrir la porte de la rue.
- Ah ! malheureuse criai-je, je vous prends sur le fait, vous savez ce que je vous ai promis. Vous allez être fouettée sur-le-champ ici même ; les passants seront témoins de votre honte, et je ferai savoir partout dans la ville que vous avez été fouettée et pour quel motif !

Mary, entendant ce discours, était devenue humble et suppliante. Elle connaissait la vigueur de mon bras et savait très bien que je n’hésiterais pas à mettre ma menace à exécution.

-Non ! non... oh madame, ne faites pas cela ici... il y a du monde...

C’était vrai, quelques personnes s’étaient approchées de la grille, hommes, femmes et enfants. J’entendis une voix de femme s’écrier:

- C’est Mrs. Woodmail qui va fouetter Mary. Elle a joliment raison, on ne fouettera jamais assez des gourgandines de cette espèce.

- C’est juste, répondait une voix d’homme, si les parents donnaient plus souvent le fouet à leurs filles, il y aurait moins de coureuses dans ce pays que c’en est une honte !

- Vous allez être fouettée devant tous, dis-je, me sentant forte de l’approbation populaire. J’avais justement avec moi une poignée de bouleau enveloppée dans un journal et que j’avais emportée pour la donner à la directrice de l’école en question; sans lâcher le bras de Mary qui essayait de fuir, je sortis la verge et la posant à côté de moi sur la caisse d’un fusain, j’employais mes deux bras et toute ma force à courber la mauvaise enfant contre ma hanche gauche, lui faisant présenter le dos au public, car je tenais à ce que la honte fût complète pour amener une réaction salutaire dans son esprit.

À pleines brassées je retroussai ses jupes. Elle avait mis un pantalon des plus coquets, malgré ma défense formelle d’employer ce linge élégant, qui, à mon avis, n’est pas du tout le fait d’une jeune fille réservée et pieuse.

- Vous avez encore sur vous un de ces odieux vêtements !

Je la saisis à la ceinture, et d’un coup sec, je tirai sur la coulisse qui se cassa. Le pantalon s’écroula aux pieds de Mary et quand je levai sa chemise pour dévoiler l’endroit favorable à la correction, la mauvaise créature poussa un véritable hurlement de honte, qui fit rire tous les spectateurs de cette scène que j’oserais qualifier de dramatique. Le derrière de Mary, bien découvert et mis en relief par la position courbée où je la maintenais était en parfaite condition pour recevoir sa fessée.
Je ne la fis pas attendre et, sans m’occuper des jambes qui ruaient et des vociférations de la patiente, je saisis la verge, et la brandissant d’une main ferme, je me mis à fouetter de toutes mes forces, en espaçant les coups afin de produire son maximum de souffrance. Je vous assure que, de ma vie, je n’ai jamais vu un fessier faire de si plaisantes grimaces. Tantôt épanoui, tantôt contracté, il révélait son angoisse comme un vrai visage.
La foule prenait plaisir à ce spectacle, tant il est vrai que le fond de l’âme populaire est vertueux et prend plaisir à voir le châtiment du vice.

- "Eh ! ma
dame, il y a la gauche qui n’a rien reçu..."

Je m’attaquai à la "joue" gauche, qui ne tarda pas à prendre la belle teinte pourpre de sa voisine. Mary criait de toutes ses forces des injures telles que je ne veux pas vous les répéter. Je me demande encore où cette fille avait pu entendre de pareilles expressions. Pour la punir, j’usai de ma verge sur son postérieur rebondi et douillet.

Je ne mis fin à son supplice que lorsque la peau, égratignée à deux ou trois places, laissa perler quelques gouttes de sang. Elle ne perdit pas de temps et se sauva dans sa chambre en se cachant la figure, pourpre de honte, folle de douleur, mais guérie de sa fâcheuse manie de flirter, je l’espère.

Il y a deux mois que j’ai infligé cette remarquable fessée à Mary et depuis ce jour, je peux vous assurer que je n’ai rien à lui reprocher. Elle est devenue douce, polie et prévenante.

Quant au greluchon, inutile de dire que son patron l’a mis à la porte dès le lendemain de cette aventure..."


Voilà, C'est republié à La Musardine.

Après avoir été un des fleurons de la collection des Orties, puis réédité en 1975 à un prix abordable avec une couverture rose et les pages non massicotées: afin de découvrir l'histoire il fallait user d'un coupe-papier, c'est dire...

On trouvera les illustrations d'origine de ce petit livre mineur, ici. Mineur parce que c'était un peu du travail de commande vite écrit par des gens qui possédaient un brin de plume et s'amusaient à rédiger des textes sulfureux sous des pseudos anglo-saxons, Sadie Blackeyes dans ce cas précis, par exemple...

Donc des récits contenant tous les poncifs du genre. Mais qui se bonifient en vieillissant finalement. Peinture des moeurs d'une époque... Allez, pour amateurs de ces "textes anciens", dans lesquels il y a à la fois un côté du Dickens d'Oliver Twist et du Zola de l'Assommoir, (je m'emporte...) parfois.

Qui était le public, comment est-ce que ça se vendait, en ces temps où la grande distribution et les ventes (discrètes) par correspondance n'existaient pas comme de nos jours ? Et que veut dire "ventes sous le manteau" de livres "licencieux", dans ce cas précis ?

On rappelle que Mac Orlan fut aussi le scénariste de Gabin, avec "la Bandera" (de Julien Duvivier) et de l'inoubliable "Quai des Brumes" (de Marcel "t'as d'beaux yeux, tu sais" Carné)...

PS: le dessin illustrant la scène est d'un certain Gaston Smit, alias Georges Topfer.

2 commentaires:

  1. Ton lien pour les illustrations ne fonctionne pas. Il y en a ici, entre autres
    http://effeuillages-coquins.tumblr.com/search/gaston+smit

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    1. C'est bien possible le message date d'il y a 8 ans et les liens parfois ne durent pas, pas mal de films et d'images sont manquantes quand on relis. Malheureusement il n'y a rien à faire. Mais, je crois quand même qu'on trouve pas mal de dessins de Malteste et ceux de Petite dactylo (un ravissement) si on cherche... Merci de me l'avoir signalé.

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