12 février 2012

Entrez dans la chambre, madame...

 2618 - "Régler les comptes..."

Bon sang, que fait-elle là, à cinq cent km de chez elle, les fesses à l'air sur les genoux d'un homme quasi inconnu discrètement contacté plusieurs mois auparavant par l'intermédiaire d'internet ? Le type lui a promis une correction d'anthologie, elle en crève d'envie, a besoin de se faire recadrer une bonne fois et lui a dit à de multiples reprises. C'est leur deal d'un soir. Et les plaisirs qui suivent font partie d'un package érotique d'une nuit d'excès et d'abandon qu'elle veut vivre en vrai, cette fois. Rendez-vous est pris.

Au moins, elle va au bout des choses, préfère débrancher le raisonnable qui l'aurait incitée à rester à la maison dans une vie tranquille d'où l'érotisme est cruellement absent en rangeant ses foutus fantasmes de fessée dans un tiroir caché de son cerveau, sans passer à l'acte.

Mais elle est décidément curieuse. On ne vit qu'une fois... C'est sa devise. pas question de refouler. Plutôt des remords que des regrets au moment de faire les comptes.

Il l'a prise par la main en la retrouvant à la gare et l'a amenée jusqu'à cette chambre anonyme, sentant comme prévu dès qu'il l'a retrouvée sur le quai à quel point elle est pétrie d'émotions qui se bousculent, contradictoires: la peur, l'envie et une certaine forme de fuite en avant.

Ce qui l'amuse autant que ça le trouble. Car maintenant, fini de rire et de tergiverser, il va falloir être à la hauteur de l'attente. Dans ce genre d'histoires, une fois le premier pas fait et la porte franchie, il ne faut ni décevoir... Ni être déçu.

Elle est entrée dans la chambre le regard un peu perdu, fixant un point d'horizon imaginaire loin devant, ses yeux rivés sur les motifs du papier peint. Cherchant à se concentrer pour dissimuler sa gêne et se voulant aussi digne qu'une Marie-Antoinette sur l'échafaud.

Mais en réalité, c'est très difficile de dissimuler à son "bourreau" d'un soir qu'elle n'en mène pas large, tout en espérant quand même donner le change. Un peu. Dernier élan d'une dignité qu'elle va bien vite devoir laisser en arrière, dans le couloir, une fois la porte soigneusement refermée et ce verrou tiré dont elle entend le claquement sans oser se retourner ni protester. Elle se sent vaguement aristo pendant la Terreur au moment où la clé tourne, l'enfermant pour la durée du châtiment...

Gourmandée comme une pisseuse, punie comme une gamine, prise comme une femme, baisée comme une reine, enculée comm... Euh, bon, tout ça est au programme, ça fait beaucoup, mais ce qu'elle veut avant tout, c'est être aimée sans concessions.

Sans refouler son animalité, au delà d'une nécessaire fuite en avant. Jusqu'à la délivrance ultime... Est-ce lui l'élu ?

Allons, c'est l'instant. De toute façon l'heure n'est plus à la réflexion, les dés sont jetés et d'ailleurs ni l'un ni l'autre ne reculeront au moment de franchir la porte de la chambre...

20 commentaires:

  1. Que vous exprimez bien les choses, Monsieur !
    Merci pour cette superbe suite toujours inachevée... On êve encore...

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  2. rêve, of course...

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  3. Bon sang ce texte !
    Encore une petite phrase apparemment anodine qui n'a pas fini de tourner...
    Regrets ou remords, choix cornélien parfois...

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  4. Et le pire c'est que tu as tout compris StAn, parce que c'est souvent comme ça que ca se passe...

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  5. Ravi, chère SO, de voir que ça fait réfléchir. j'avoue que c'est un peu voulu...

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  6. Je ne saurais dire si vous êtes sublimement démoniaque ou démoniaquement sublime, Monsieur...

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  7. hem, c'est pas un peu exagéré, ça ? J'aime le mot juste, placé au bon endroit... Mais c'est surtout un ressenti que j'évoque là. Avec le parfum de l'authentique, c'est peut-être ce qui vous plaît...

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  8. Je ne sais pas si c'est si exagéré que ça quand on voit qu'à travers ce texte parfaitement ciselé, vous soulevez une question vaste comme l'univers...
    Certes, on ne vit qu'une fois, mais on vit longtemps, hein! Alors, regrets ou remords ? Ce qui revient à se demander s'il est plus facile de vivre avec un sentiment de frustration ou de culpabilité. Mmmfff, pas simple...
    Je serais plutôt de ceux qui vont de l'avant en tâchant de tirer des leçons de leurs erreurs. Mais tout de même pas sans envisager, avant d'agir, les conséquences possibles, ce serait se montrer irresponsable. Or, par la liberté de choix dont jouit, n'est-on pas d'autant plus responsable de ses choix?
    Les regrets font mal à l'égo, la douleur est narcissique.
    Les remords englobent d'autres personnes et posent davantage un problème de conscience. Des personnalités très centrées sur elles-mêmes seront probablement moins fragiles sur ce plan là.

    Pour les regrets, qui sait si l'occasion ne se présentera pas à nouveau?...
    Concernant les remords, impossible de revenir sur l'acte commis.

    Alors, suivons le précepte Carpe diem, ou bien écoutons ce petit Jiminy Cricket qui nous accompagne sur le chemin de la vie ??? 
    Satané dilemme !...

    Mais en faisant un choix, se retrouve -t-on forcément avec un bagage de regrets ou de remords ? Ne peut-on pas se sentir bien, tout simplement ? 

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  9. Jiminy Cricket, évidemment. Après bon, il est pas toujours là. Et puis vivre longtemps, rien n'est moins garanti. Statistiquement, évidemment, mais j'ai déjà fait une part importante et rien ne dit que la fin ne soit pas bien plus proche que ce que j'imagine... On est peu de chose. mais vous le savez mieux que moi.

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  10. Oui, enfin, je sais surtout que je n'sais rien...
    Quand j'ai écrit qu'on vivait longtemps, c'était pour dire que regrets ou remords pouvaient nous miner longtemps. Ce n'était pas dans le sens la vie est longue, vous pouvez laisser passer les occasions qui se présentent, y'en aura d'autres. Nobody knows... Je ne prends ni le parti des regrets, ni celui des remords. Je crois que les deux choix sont respectables tant qu'ils sont assumés et pas mis sur le compte de la fatalité. Je n'ai émis aucun avis. je me suis contentée d'énumérer des éléments de réflexion, mes éléments de réflexion.
    Et je me dis que, peut-être, si le choix est bien fait, il peut simplement déboucher sur une sensation de satisfaction, sans regrets/remords...

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  11. En relisant le récit, je me dis qu'il n'y a pas une ligne à en changer: l'attente, l'envie, le cœur qui bat, la porte qui se referme sur eux. Juste avant le dîner...

    Juste une nuit.

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  12. Joli texte. Jolis troubles.

    Le regard un peu perdu, se fondant dans la tapisserie. Et ce côté presque "aristo" au moment où la clef tourne, je comprends ça.

    Bises au passage!

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  13. à moins de tomber sur un Landru du dimanche ou un psychopathe qui vous découpe en tranches sitôt la descente du train (une crainte qui peut vous effleurer), vous récupérez votre corps en entier (fesses un peu rougies ?) au sortir du déduit à chaque fois.

    Sensation qui peu durer plusieurs jours.

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  14. "ça parle à tous les gens qui "osent" franchir le pas..."

    Je suppose que vous parlez du pas de l'extra conjugalité.
    Mais vous savez, ce texte peut aussi parler à ceux qui restent dans le couple. Parce que, dans ces moments d'intimité où ils vont s'autoriser à vivre leurs fantasmes, ce n'est plus vraiment lui, ni plus vraiment elle. Cet homme si galant, tellement attentionné et des plus respectueux va alors la sermoner et la punir comme une vilaine gamine puis la traiter comme SA "petite salope". Et au bout de 20 ans, elle attend ces moments avec toujours la même irrésistible envie mêlée d'une peur de ne pas être à la hauteur de cet amant exigent qui sait trouver ses failles et en jouer. Elle sent toujours cette boule au ventre l'envahir. Elle a toujours du mal à croiser son regard dans ces moments là. Le trouble est toujours de la partie...

    Elle détesterait qu'il se comporte ainsi au quotidien. Et paradoxalement, c'est dans ces moments là qu'il la rend complètement dingue de lui !

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  15. @ SO: J'entends évidemment et vous avez raison. C'est important de préciser les choses et j'aime beaucoup ce partage. pour beaucoup de raisons ce n'est pas (plus) ainsi que je le vis, mais je vous envie au fond...

    Toutefois, l'osmose peut quand même se trouver au dehors, dans des parenthèses flamboyantes et très intimes, y compris avec des personnes qui ne sont pas "officielles". C'est rare, mais ça arrive. Deux solitudes affectives, qui ne veulent pas nécessairement changer de vie, mais aussi ne pas renoncer de facto à des plaisirs qui leurs sont essentiels, même si la bienpensance devrait leur imposer de ne pas les vivre, de faire abstraction.

    Désolé de ne pas être parfait...

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  16. Je voulais juste dire que ce texte me parlait aussi. Je ne voulais rien dire d'autre. Qui peut prétendre être parfait. Vous avez de très belles qualités.

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  17. et pas mal de défauts... J'avoue.

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  18. Ah ben merci de me rassurer! Je n'suis donc pas toute seule à me trimbaler une besace de défauts...

    Et dites-moi, être troublant au point de mettre parfois le chaos dans l'esprit d'une personne, c'est un défaut ou une qualité ?

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  19. à mon sens, une qualité... Tout dépend quand même de la personnalité en face.

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  20. Pour la personnalité en face, une maison trop bien rangée est une maison qui manque de vie. Elle accueille avec plaisir la joyeuse pagaille que met ce gentil démon et se surprend à s'amuser à caresser, chatouiller les idées qu'il sème.
    Quand vraiment elle ne s'y retrouve plus, elle prend le temps de se poser pour mettre un peu d'ordre...

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