14 mai 2020

Images éternelles !

3481 - "Jacques a dit... "

La fessée comme fantasme existe depuis toujours même si on s'imagine souvent qu'on est des précurseurs !

Faut dire qu'en matière de sexe, tout a été fait depuis la nuit des temps et on trouve des représentations de fessées sur les murs des lupanars de Pompéi, dessinées sur les papyrus égyptiens, en sculptures de gargouilles au fronton des églises dès le Moyen-âge et évidemment tout au long de notre histoire artistique friande de représenter les innombrables combinaisons des corps... et tous les aspects liés à la reproduction humaine.

Bref... Voici quelques jours, je vous parlais de Red Charls, mais bien avant lui, y'a eu des gars pour photographier des filles recevant des fessées...

Ce post a pour objectif de rendre hommage à deux frères qu'on a oubliés, créateurs avant-guerre d'Ostra, un studio parisien de photographies dites "de genre" et profondément marquées par une sorte d'esthétique "sadico-romantique" affichée.

Deux hommes dont le destin tragique pourrait faire l'objet d'un film...

Dès l'apparition de la photo arrivent dans le même temps les images licencieuses ! Sitôt qu'on sait développer, on met des filles à poil devant l'objectif.

Des filles ET des gars, pour des images pornographiques destinées aux amateurs, mais vendues sous le manteau car la censure veille et l'ordre moral pourchasse ceux qui osent proposer une vision crue de la sexualité "par le biais infâme de l'image".

On risque alors la prison et des peines lourdes sont prévues dans le code pénal pour ces fauteurs de troubles osant montrer des paires de fesses.

Il y a pourtant tout un marché...

Deux frères vont s'en emparer. Jacques et Charles Biederer nés respectivement en 1887 et 1892 à Moravská Ostrava, ville de l'actuelle République Tchèque (et d'où proviendra le nom Ostra...) La famille émigre en France à la fin du dix-neuvième siècle...

En 1908, Jacques qui a tout juste vingt ans crée à Paris le Studio de photo Biederer, situé 33 boulevard du Temple. Sitôt majeur, son cadet Charles le rejoint, cinq ans plus tard, pour travailler avec lui, également en tant que photographe.

Ce n'est en fait qu'après la Grande Guerre au début des années 20 que publiées par le studio sous le label des Éditions Ostra, leurs photographies prennent une direction licencieuse de plus en plus affirmée, allant des "nus artistiques" aux études sur le fétichisme sexuel, notamment l'esclavage, les jeux de rôle costumés et les châtiments corporels érotiques, dont bien évidemment la fessée.

Il faut dire qu'en même temps, toute une littérature érotique dédiée à ce qu'on appelle alors pudiquement "l'éducation anglaise" fait florès dans les librairies...

Les deux frères vont encore plus loin, dans les années 30 ils produisent également de nombreux films fétichistes muets dépeignant des scènes de domination et de soumission aux titres aussi évocateurs que "Dressage au fouet", rejoignant en ça les livres de la collection de "Orties Blanches"... J'ignore s'il y a eu rapprochement et adaptations des romans, mais les thèmes sont exactement les mêmes.

Certaines de ces photos et cartes postales portent la signature JB, B, Ostra ou un point d'interrogation dans un triangle. D'autres photos peuvent être identifiées par style, mobilier et modèles... 

L'histoire se termine mal... Pendant l'occupation allemande, les frères qui sont juifs sont arrêtés par la Gestapo.

Charles sera déporté vers la Pologne avec le transport 4 parti du camp de transit de Pithiviers jusqu'au sinistre camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau le 25 juin 1942. Jacques suivra son cadet trois semaines plus tard avec le transport 6, le 17 juillet 1942. (Pour lui, je n'ai pas de détails, mais ça correspond au lendemain de la raffle du Vel d'Hiv, et j'ignore s'ils ont été arrêtés en même temps...)

Probablement directement gazés sitôt l'arrivée des convois, aucun des deux n'est revenu...
Images © Studio Biederer - Ostra

8 commentaires:

  1. Les photographies sont juste magnifiques !

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  2. Entre 1920 et 1940, on trouve de magnifiques images du studio en cherchant un peu, tapant simplement Biederer et Ostra sur un moteur de recherche.

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  3. Réponses
    1. Vous me connaissez, Sofia. Si je peux rendre service, hein...

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  4. Une page d'histoire et pour la terrible conclusion, il est à craindre que les bien-pensants de cette époque profondément antisémite et où la pornographie, au-delà des interdictions, était considérée comme un péché capital par l'église, n'aient pas dû tous pleurer sur le sort de ces deux frères juifs, Triste...

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  5. Clairement mais pas plus acceptable comme attitude de leur part pour autant. Il aurait fallu pleurer ...

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    1. Pleurer ne sert pas à grand chose à part verser des larmes de crocodile. Ces déportations appuyées par la police française resteront à jamais comme une verrue sur cette époque de haine et de délation... Juifs, même si naturalisés, mais venus de chez ceux qu'on appelaient alors les métèques, englobant dans un même sac tout ce qui venait de l'Europe de l'Est, les Biederer n'ont probablement pas été beaucoup pleurés et je suis même certain qu'il y en a eu pour trouver que cette déportation après arrestation n'était que justice envers des pornocrates avérés...

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