16 septembre 2014

Rêves de fille(s) ?

3126 - "Au fil des jours..."

Il était parti. Une heure plus tôt, il glissait encore avec volupté entre ses ouvertures, sans exclusive...

Usant de son con tout autant que de ce cul somptueux et rougi, cramoisi, gaufré de traces de doigts et de bleus à force de fessées, leurs jeux troubles et claquants qu'ils avaient prolongés goulûment, trois jours durant avec la boulimie coutumière des amants qui se voient trop peu et tentent vainement de rattraper le temps qui file, le plus souvent sans eux... Se donner la sensation de maîtriser son destin, en se créant des souvenirs et des images, pour leurs trop longues nuits de solitude... Après.

Mais c'est comme ça.

Manger, baiser, dormir. Rebaiser, remanger... Redormir. Peu. S'aimer. Même sans dire le mot. Pudeurs imbéciles des amants qui osent tout, sauf ça... Dire "je t'aime..."

À présent, il était loin déjà, chaque seconde, chaque tour de roue de ce TGV roulant à plus de 300 à l'heure vers le Sud l’éloignait d'elle depuis qu'il avait refermé la porte de ce petit appartement bonbonnière prêté pour l'occasion par une amie complaisante, à qui il faudrait raconter tout sans omettre les détails... Le prix de cet hébergement gratuit, réglé en mots cochons à une amie curieuse...

Plus discret et moins cher que ces hôtels impersonnels où ils s'étaient croisés au début de leur relation, trois ans plus tôt...

Il avait fait son sac sans un mot et sans croiser son regard qu'il sentait rivé sur lui, comme pour photographier chaque détail, jusqu'à la prochaine fois. Il ne savait jamais quand il la voyait si c'était la dernière fois ou s'il y en aurait d'autres. Alors, il lui faisait l'amour avec l'énergie des ultimes désirs de ce condamné à perpétuité qui sait qu'il n'aura plus loisir de revoir librement le ciel, la mer, les autres...

... Il était parti, refermant doucement la porte d'entrée pour filer vers la gare. La laissant nue, pantelante, songeuse, troublée, mouillée de leurs sucs mêlés qui poissaient le drap.

"Il faudra changer le lit, avant de rendre les lieux à sa propriétaire...", songea-t-elle, amusée un instant à l'idée de cette généreuse amie à la vie terne, vivant une sexualité par procuration, se glissant dans les draps de leurs ébats, imprégnés des fragrances poivrées de leurs deux corps mélangés, "Bleu" pour lui, "Coco Mademoiselle" pour elle, parfums de marque dispersés dans les senteurs musquées de transpiration, de sexe et de plaisir...

À plat-ventre sur le lit défait, elle leva inconsciemment ses fesses vers une verge fantôme, une ceinture ou une cravache imaginée, puis renifla les draps, le nez enfoui comme pour poursuivre de nouveaux ébats de leur joute... Le cul dressé bien haut, imaginant son corps de mâle derrière elle, prêt à la transpercer une nouvelle fois...

Mais elle était seule, dans cette chambre.

Elle ne l'avait pas accompagné à la gare. Passage obligé, mais ils détestaient leurs adieux. Se tenaient la main jusqu'au dernier instant, jouant un au revoir tacite avant de repartir enfin chacun de son côté, sans se retourner. Doigts joints jusqu'à l'ultime, mains qui soudain glissent jusqu'à ne plus se toucher, dans une chorégraphie au ralenti quand chacun s'éloigne à l'opposé dans le brouhaha des trains, des annonces crachées par les hauts-parleurs et de la foule des voyageurs...

Surtout, ne pas se retourner... Garder encore la mémoire de la peau et la chaleur de l'autre !

Mais cette fois point d'adieux sur le quai. Elle avait préféré lui appeler un taxi...

Elle ferma les yeux. Et se mordant la lèvre, recommença le film des heures passées, sa main entre ses cuisses, pour à nouveau revivre...

16 commentaires:

  1. Très jolie photo. Et très joli texte sépia aux couleurs nostalgiques d'un passé qui vous colle à la peau, à l'âme et au cœur. Un bien bel hommage !

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  2. Oui, très jolie photo...ses fesses ont l'air bien rouge !!! Je pense que sa rêverie est liée à ce qu'elle vient de vivre .

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  3. Oui, fesses flamboyantes, comme peintes (et d'ailleurs...)... Imagination ou souvenir récent... Au libre choix de celui qui regarde ou de celle qui reçoit !

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  4. Bonsoir Stan,

    Superbe prose. Presque un scénario digne d'un Jacques Demy ou Claude Lelouch. Réalité ou fiction, en tout cas, on s'y croirait. Je sais je fatigue tout le monde avec mes références ciné. Mais bon.. Rires.
    Charles

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    1. Je ne savais pas que Demy ou Lelouch écrivaient de la prose érotique, même si elle est probablement contenue en filigrane dans leurs œuvres... Je penserais davantage à un Michel Deville...

      Mais ce sont là de jolies références...

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  5. J'adore ce post stan ! La photo m'a transportée, elles est trop belle ! Et le texte si vrai si intense ! Malheureusement ces départ qui arrive trop souvent, et les souvenirs qui nous hante pendant des heures... humer le lit, pour retrouver chaque sensation en attendant la prochaine visite ! :D
    Bref , j'adore, et en même temps c'est un peu triste... ^^

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    1. Les départs demeurent un instant mélancolique... Mais c'est pour meiux te retrouver, mon enfant, dit le loup au petit Chaperon (aux fesses) rouges

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  6. Très très joli texte... Merci!

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    1. C'est venu tout seul sous les doigts. les mots se sont formés et puis... Faut dire que j'ai vécu ça. Et que je peux me mettre à la place de celle qui reste.

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    1. C'est davantage de la mélancolie que de la tristesse... Et puis c'est un mix de sensations vécues. Ou pas, mais écrite avec un ressenti réel. Du coup chacun l'interprétera à sa façon selon l'état d'esprit du moment...

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  8. Vermeille19/9/14 16:31

    Pas triste, non... en tout cas je ne trouve pas.
    Des moments, qui passent et qui reviennent. Quelqu'un, puis quelqu'un d'autre, puis un autre encore... La vie est longue, avec de jolis et moins bons souvenirs. De belles rencontres et d'autres moins belles (mais bon, tant que les mauvaises rencontres ne concernent que des personnes avec qui on a pas partagé "ça", tout est bien, et on reste privilégié(e)s)
    Des moments avec, des moments sans. Des débuts et des fins... Mais pas triste; la vie est toujours devant soi.
    Biz Stan

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  9. Une consommatrice21/9/14 19:27

    Quand une boîte de chocolat est terminée, on en commence une autre. Et si un restau dans lequel on aimait bien dîner fait faillite, on en essaye un autre et c'est l'occasion de nouvelles découvertes gustatives. Non, vraiment, rien de triste dans tout ça! On avance... http://m.youtube.com/watch?v=HGdPpEV1b04

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  10. Des chocolats ? Hem, qu'ils viennent de... Vienne, au Sacher ou encore de Pierre Hermé ou de chez Marcolini gare à l'indigestion, hein... Ou à la prise de poids qui me guette.

    Mais vous avez raison. Il n'y avait pas de tristesse dans ce petit texte condensé de plusieurs beaux instants partagés, juste un constat, non pas d'échec, mais de "passages" et de rencontres juxtaposés.

    Il y en a eu, il y en aura.

    Souchon le dit très bien, oui, on avance...

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