20 septembre 2008

Photos en sépia au cinéma...

706 - C'est un film étrange et surprenant dont je n'avais jamais parlé encore et qu'un forumiste de DD vient de me remettre en mémoire ce matin. "Des monstres et des hommes" du russe Alekseï Balabanov avait été une des surprises cannoises de la sélection officielle de la "quinzaine des réalisateurs", il y a dix ans, lors du Festival 1998...

Malgré un accueil favorable des critiques plutôt séduits par ses qualités artistiques et poétiques évidentes, le film a été peu vu et a fait une carrière éclair en salle...

J'ai ensuite attendu le passage sur Canal pour découvrir cet ovni cinématographique dont je savais vaguement qu'il parlait de photographies licencieuses, de Saint-Pétersbourg et... de fessées, œuvre curieuse où les scènes de punitions sont montrées sans concession...

Ça se passe à Saint-Pétersbourg, au début du 20ème siècle. Le destin de deux familles va être bouleversé par Johann, redoutable manipulateur sortant de prison. Accompagné par un acolyte au sourire cruel, l'homme reprend son commerce de photos érotiques, des clichés compromettants mettant en scène des jolies jeunes filles vigoureusement fessées et flagellées de verges par une vieille grand-mère sévère. On n'est pas loin des "malheurs de Sophie"...

On y trouve pêle-mêle la fille d'un ingénieur des chemins de fer fascinée par ce trafic de photos coquines vendues sous le manteau interprétée par la jolie Dinara Droukarova, une aveugle torturée par des âmes sans vergogne, des jumeaux siamois adoptifs originaires de Mongolie liés par la hanche, bref c'est un peu "Freaks" côté russe...

C'est là le troisième long-métrage de Alekseï Balabanov, un cinéaste qui a commencé sa carrière dans le documentaire, fort d'avoir voyagé partout dans le monde, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, en tant qu'interprète militaire. Car avant d'étudier le cinéma à Moscou, Balabanov était soldat dans l'armée de l'air...

Bon, soyons clairs:

en dépit du sujet scabreux, l'intérêt du récit ne se résume pas à une accumulation de scènes "tordues" qui ne feraient palpiter d'aise que de rares fétichistes SM affolés par la fessée ou des cinéphiles prétentieux, férus de films obscurs non sous-titrés de préférence et en quête d'exotisme vaguement tendance.

Pour qui l'a vu, "Des monstres et des hommes" se situe ailleurs, plus du côté d'un Schlöndorff période "tambour" pour la peinture allégorique d'une époque où les personnages sont au creux d'une tourmente nullement anodine. Socialement, la démonstration est implacable: à travers un écheveau passionnel, Balabanov cherche à déterminer les liens entre le réseau qui utilise les photos érotiques et ceux qui le fréquentent.

On doit pouvoir le trouver en DVD assez aisément. Mais pour dire les choses franchement, je n'ai pas souvenir d'un truc qui m'aurait marqué et troublé plus que de raison. Un peu d'ennui, même, mais on sait bien que c'est parfois une question d'état d'esprit du moment que de "recevoir" bien ou mal un film...

Disons que le jour où je l'ai vu (en V.O.) je n'étais probablement pas aussi réceptif qu'il aurait fallu pour aborder cette oeuvre difficile mais attachante.

Une curiosité donc...









5 commentaires:

  1. le pt'it Jean-Jacques22/9/08 11:24

    Une scène surprenante presque à la fin de ce film : la fille de l'ingénieur, adepte de la fessée, entre dans une sorte de magasin ,équivalent de ces vitrines du port d'Amsterdam.
    Elle s' y fit fouetter le postérieur dénudé par un vaillant jeune homme qui semblait attendre une cliente.
    On croit savoir que ce sont plutôt les hommes qui font appel à des services rendus de façon commerciale...une spécificité russe?cette inversion des rôles? ou un fantasme du réalisateur?
    PJJ

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  2. Plutôt une spécialité hollandaise je pense... même si à mon avis même là-bas la prostitution masculine est plutôt réservée à un public gay.

    Le film n'est en effet pas très difficile à trouver (je l'ai aperçu à la bibliothèque municipale!), les scènes de fessées appréciables, mais le film lui-même ne plaira qu'aux nostalgiques du film muet ou aux amateurs de ce qui sort de l'ordinaire.

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  3. Ce que j'ai vu sur les extraits m'a donné envie de visionner ce film. J'aime bien cette atmosphère trouble et perverse. L'évocation plus que la vision (1er extrait).

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  4. Je suis tombé par hasard sur ce dvd, dans une boutique d'occasions ...
    C'est vrai que l'intérêt du film ne se limite pas aux scènes de fessées : il y a aussi l'évocation de la bourgeoisie russe du début du siècle Mais ce qui est étonnant ici, c'est que les clients du pornographe sont en fait des clientes !
    De quoi sortir un peu des stéréotypes ...

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  5. Ce n'est pas mon film favori. Mais néanmoins il vaut le détour. Au passage, Pisco, c'est à vous que je dois d'avoir réactivé mes neurones sur ce film vu, mais oublié. Merci.

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