24 novembre 2008

Ma Belle de nuit...

806 - Je l'ai prise fermement par le bras...

- "Viens !"...

Soudain muette et un peu oppressée d'un coup, m'interrogeant du regard sans rien dire, elle me suit pourtant. Juste sa main qui serre à présent la mienne comme le ferait un noyé au moment d'attraper la bouée salvatrice.

Pendant le dîner, elle a vu mon regard, entendu mes silences et mesuré mes sourires.

Mes mots, mêmes anodins et prononcés à voix basse dans cet endroit feutré lui ont parlé et certains résonnent encore, je le lis dans ses yeux.

Elle est sensuelle, aime le sexe avec moi et ne doute pas de la conclusion, qui se fera probablement en tête à tête dans notre chambre quand nous aurons regagné l'hôtel, à quelques trente kilomètres de là. Perdu dans la campagne, le restaurant où elle m'a amené est une bâtisse ancienne, vieux moulin au bord de l'eau, isolé et calme qui a été reconditionné en auberge de charme... Elle connait bien mes goûts. En tout.

Sur le parking seulement éclairé par la lune, je lui fait signe de prendre le volant, au moment de monter dans sa voiture. Nous roulons en silence sur cette petite route départementale déserte juste éclairée par la lumière des phares. On est en pleine campagne, des champs à perte de vue et des bosquets, masses plus sombres que l'on devine tout autour de nous.

Soudain au sortir d'un virage éclairé par le faisceau sautillant des phares, j'aperçois une allée, sorte de sentier forestier qui s'enfonce dans la forêt.

- "Là ! Prends ce chemin..."

J'ai prononcé la phrase d'une voix sourde, sans réfléchir.

Tout juste le passage pour une voiture, mais sans l'ombre d'une hésitation, comme si elle s'y attendait, elle a obéi et immédiatement quitté la départementale pour emprunter cette nouvelle voie.

On roule quelques instants de façon un peu chaotique sur un chemin boueux au milieu des feuilles et de l'herbe mouillée, entourés de branches qui dépassent et viennent griffer les vitres à gauche et à droite, jusqu'à atteindre une clairière...

Et puis le silence. De la route, plus personne ne peut nous voir. Rassurant autant qu'inquiétant.

J'ai tourné la clé pour couper le moteur. Elle a éteint les phares au même moment, sans me demander. Peu à peu, nos yeux s'habituent à l'obscurité qui nous enveloppe. Nuit noire autour de la voiture... Elle ne me regarde plus, se mord les lèvres et fixe un point imaginaire loin devant, comme si elle cherchait à voir au-delà du pare-brise qui s'embue déjà... Figée dans l'attente. Je sais qu'elle fera ce que je lui imposerai, ce que je déciderai.

Y'a plus qu'à...

Les arbres qui nous entourent font un peu penser à cette scène du Blanche-Neige de Disney où la pauvre gourde panique et tente de fuir, en se croyant poursuivie par toute une forêt hostile... Ombres noires vaguement menaçantes des branches qui s'agitent sous l'effet du vent.

Seul, je ne serais pas tellement rassuré, moi.

Je ne la quitte pas des yeux. Elle sent mon regard posé sur le sien, lourd d'une menace sourde.

C'est sûr, le temps est à l'orage.

- "Descends !"

J'attrape une cordelette qui traînait sur la banquette arrière, comme un appel au vice. Puis je rejoins la jeune femme debout près de l'auto. Elle m'interroge du regard et son sourire se fige en découvrant les liens. On ne joue jamais à ça d'ordinaire.

Passant la corde par dessus une branche, d'un rapide nœud coulant, héritage de mon passage chez les scouts, j'enserre les poignets de ma victime expiatoire.

Je tire vers le haut, là voilà bras levés et liés dans une posture inconfortable.

Je me rejoue ma version de "Belle de jour" sans les caméras et sans Deneuve, mais avec une demoiselle qui frissonne de peur, de trouble et et de plaisir qui pointe déjà, à voir le flou de son regard...

Je suis passé derrière elle.

D'un geste preste, je tire le jean vers le bas, embarquant sa petite culotte au passage. La voilà à ma merci, ses mains entravées, attachée les fesses à l'air en pleine nature, genoux liés par le pantalon défait et son tanga baissé à mi-cuisses...

Je retourne prendre un foulard dans la voiture à quelques mètres, pour la bâillonner.

Je ne veux entendre que des grognements étouffés... Et aucun cri.

J'allume les phares.

Sa silhouette partiellement dévêtue est alors violemment éclairée comme une actrice de théâtre peut l'être en scène sous une poursuite...

Le spectacle ne va plus tarder. Je reviens et lui fait face les yeux dans les siens qui ne cillent pas tandis que je mets en place mon bâillon improvisé.

Seul un bref regard qui m'implore...

De commencer ou d'en finir ? De la détacher ou de la fouetter sans pitié ?

Sans rien dire et suivi du regard par la fille entravée, je vais casser quelques branches dont j'éprouve aussitôt la souplesse en les faisant siffler dans l'air. Et puis, à force de tests, j'en trouve une qui me convient.

Éclaire par la lumière des phares qui faiblissent un peu en tirant sur la batterie qui se vide, le moteur étant coupé, elle se tord sous la trentaine de coups précis qui lui cinglent la croupe et le haut de ses cuisses. Elle accompagne les sifflements qui se terminent avec un bruit mat d'une gestuelle de danseuse, tentant en vain d'échapper à la terrible badine improvisée qui lui marque la peau d'un fin trait rouge, comme dessiné au pinceau à chaque fois que je l'abat sans la ménager sur le cul offert.

Et puis, je la détache. Elle tombe dans mes bras, les larmes aux yeux, suffoquant un peu... Je remonte doucement la culotte au bout de quelques secondes d'étreinte, je l'aide à s'asseoir sur le siège passager, ce qu'elle fait avec une grimace un peu douloureuse... On ne parlera pas

De retour à l'hôtel, nous avons fait l'amour avec une infinie tendresse, une partie de la nuit.

Elle qui voulait des "marques de moi" les a gardées imprimées en travers des fesses une semaine environ avant qu'elles ne s'estompent et disparaissent totalement. Comme si tout ça n'avait pas existé.

D'ailleurs, à bien y penser...

11 commentaires:

  1. Un récit qui me laisse un peu surprise : je ne vous savais pas si ‘violent’.
    Sur cette pente particulière de la violence contenue, extraite d’un de vos tréfonds. J’avais perçu cela dans un autre de vos récits mais pas de cette manière que je qualifierais « d’instantanée ».
    Ce qui est frappant c’est cette impression de décision sur l’instant avec une promesse fugitive de punition inéluctable. Attendre - mais on ne sait quoi exactement.
    On sait que dans ces cas là, nous les femmes, on perd le fil et que c’est délicieux. Quelque chose va arriver, mais quoi ?!....
    Les pensées s’entrechoquent et on ne peut que ‘supposer’ –vacillement intérieur - et lorsque ‘sa’ décision tombe (attacher, fesser) c’est presque un soulagement.
    Je note une très jolie phrase, simple, nette, mais disant tout : ’les marques de moi’.

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  2. Merci de ce mot très ressenti. "Violent", je ne sais pas. Je ne crois pas.

    Mais c'est vrai que nous avons parfois des fulgurances de désir qu'on ne contrôle que du bout des doigts...

    Qu'on soit homme... ou femme.

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  3. J'ai adorais ce film de Bunuel... Deneuve il est parfaite surtout, dans la scène qu'elle partage avec Francis Blanche.

    PS : Ma note d'aujourd'hui (sur un séducteur) devrait t'intéresser.

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  4. Quand je parle de 'violence' c'est juste l'évocation d'un moment où ce qui nous anime nous dépasse completement.
    Votre 'Belle' a su jouer, manifestement....

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  5. Je suis étonnée moi aussi de lire ce récit, curieusement, j'ai vécu aujourd'hui quelque chose d'assez similaire, les bois, le risque d'être vue, le questionnement, l'inquiétude devant la ceinture pliée en deux, l'excitation que l'on ne maîtrise pas et....l'abandon, la soumission... l'incroyable et si pertinent plaisir de la soumission....
    Pas trop envie de signer Mr E....Pardonnez-moi....

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  6. Vous savez que je ne laisse ce commentaire anonyme que parce que je le trouve joli. Ce n'est pas la règle.

    Mais ce que vous nous narrez là est plaisant. Avec le parfum du réel. Alors...

    Mais que je ne vous y reprenne plus.

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  7. Alors là...Cher E, je suis étonnée moi aussi par ce récit.
    Déjà cette phrase "Pendant le dîner, elle a vu mon regard, entendu mes silences et mesuré mes sourires..." Délicieux hors- d'oeuvres qui préparent bien ce qui va suivre.
    De plus, ce que j'aime ce sont aussi les images qui accompagnent ce récits, cela traduit bien l'ambiance des instants partagés.

    Jolies "marques" en effet.

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  8. @ Amoureuse: merci de tes remarques. Je fais attention aux détails, aux décors, aux ambiances... Parce que dans la vie c'est pareil.

    Donc en cherchant à retranscrire les émotions (vécues ou non...) j'essaye de partager et de décrire le plus près possible de ce qui s'est passé.

    Ou pas.

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  9. Parfois je rédécouvre des textes que je relis avec bonheur. Celui-là par exemple...

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  10. malicieuse-cigogne23/7/13 17:18

    Il est fort ce texte. J'ai bien aimé l'image des phares allumés qui illuminent sa silhouette, prête à recevoir une belle correction, marquante. Miam !

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  11. et ça s'est passé... Vous n'étiez pas née, dans un bois non loin de Sarreguemines. Un joli souvenir, écrit et à peine revu et corrigé, à quelques menus détails près.

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