07 février 2016

Paradis, orages ! (oh désespoir...)

3309 - "Mes orages... Les vôtres !"

Allez, histoire de faire découvrir pour celles et ceux qui ne l'ont pas lu, extrait d'un de mes livres "érotiques" préférés, le dixième de Patrick Grainville.

Je suis certain qu'on sera nombreux à s'y retrouver, un peu, beaucoup, passionnément, dans ce "Paradis des orages" assez largement autobiographique, selon l'aveu même de l'auteur et paru au Seuil en 1986...

" (...) On ne prend vraiment que ce que l'on comprend. Don Juan possède du vent. C'est un collectionneur de silhouettes, de profils perdus. Moi je vise les portraits de face, je capture les images de mes amantes éternelles. Les baiser au pied levé ne m'intéresse pas. Je ne prise que les longues aventures suivies. Celles qui viennent de loin, qui s'enracinent, qui vous possèdent et vous laissent des traces. Et vous ruinent tout en vous faisant naître. 

En deçà d'un an, une liaison reste un coït de pinsons. Pour moi, il faut que cela dure deux bonnes années. Pour que les ravages soient profonds et les étreintes vraiment illuminantes, parce que liées à des souvenirs communs, à tant de connivences, à des souffrances abondantes et partagées. 

Je ne suis pas un colibri. Je suis un oiseau de nuit mangeur d'entrailles. Je ne m'embarque que pour de longs et grands voyages. Je médite mes îles enchanteresses et je peaufine mes naufrages. Don Juan est un prurit. Je suis une belle et longue maladie. 

Cette nuit, j'enculerai Clo. Elle aime ça. Paule fait toujours des mines dans ces moments-là. Elle a mal. Elle ne ment pas, elle est honnête. Elle aime l'idée du viol anal, elle s'en repaît, tout fantasme d'épaisse brutalité la ravit. Mais pas de chance, dans le concret, elle geint, elle couine. Ses orifices ne sont pas à la hauteur des pilastres qu'elle imagine. Elle est jeune, je lui pardonne tout. 

Clo jouit autant par là que par-devant. Une noix de Hyalomiel et le tour est joué. Cette pommade pour bébé est onctueuse et transparente. Hélas, elle diffuse un parfum trop sophistiqué qui tue l'odeur marine de l'amour. C'est dommage. Cela gâche en partie le plaisir. 

Car mes odeurs favorites sont celles des écuries. Clo est plus rétive sur ce point. Elle aime les odeurs communément polies. 

De toute façon, aimer implique tôt ou tard un compromis. Notre amie se lasse bientôt de faire nos cent volontés. Alors, moi je concède, je suis beau joueur. J'accepte un rééquilibrage. Je ne suis pas morbide au point de quitter ma chérie sous prétexte que je suis moins gâté. La difficulté m'attise au contraire. On ne peut pas me décourager. Je ne romps jamais. Il faudrait me tuer pour que je ne revienne pas. 

Et je reviens toujours. J'aime être le revenant de leurs âmes."
Texte: "Le Paradis des orages" © Patrick Grainville - 1986

11 commentaires:

  1. J'adore, bon anniversaire, monsieur Stan/E...

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  2. Courandair18/2/16 11:37

    Je me souviens très bien de son passage à "apostrophe" quand il présentait ce bouquin. Le dialogue établi avec Bernard Pivot était drôle, Grainville amusé. Il me semble que Jean-Pierre Enard était là, mais c'était bien avant "l'art de la fessée". Ces rendez-vous du vendredi soir, précédant le ciné-club,30 ans après... Je n'ai plus de télévision depuis 2008.

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    1. Cf Ina.fr: l'émission y est en entier

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  3. Cet extrait de texte aurait dû susciter des commentaires. Il n'en est rien... Quel dommage !

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  4. Bonjour Stan et vous tous...


    La couv' n'incite pas vraiment à entamer le livre. Je la trouve plutôt entre le tragique par l'attitude et les traits des deux amants et le sinistre. Enfin, sinistre, j'exagère un peu. Ca ressemblerait aux toiles du début 20è. siècle dépeignant la faune trouble des maisons closes. Ca me donne cette impression.
    Personnellement, je n'ai jamais lu un ouvrage de cet auteur que je ne connais pas du tout.
    Tenez, sur ARTE, à l'automne dernier, ils ont diffusé un doc' sur la vie de Giacomo CASANOVA et les écrits qu'il a laissé pour la postérité. Intéressant.
    Ah Bernard Pivot et sa fameuse dictée...
    Tenez un moyen mémo-technique pour retenir le nom des présentateurs vedettes de l'époque:
    "Bouvard - Chancel - sur le Pivot - de Lux ".
    Belle époque...

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  5. L'extrait ne me parle pas assez pour que je puisse réellement le commenter...En as-tu peut-être un autre plus...?

    Je suis curieuse de nature donc oui, j'ai vu le post mais ça ne m'a pas assez titillé pour que je frissonne ou autre en le lisant...Le style peut-être ? trop lisse à mon goût...



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    1. Je viens de le finir.

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  6. C'est un peu court... Et ?

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    1. Quand on aime les mots, la langue de Grainville, c'est l'envoutement.Alors première chose , l’écriture de Grainville , j'ai adoré et je me pose la question: comment ai-je pu passer à côté de ça?
      Au début, j'ai pensé, "c'est du sexe, juste du sexe , 100% luxure." Et en fait,je pense que c'est avant tout quelqu'un qui aime les femmes.Il a le don de trouver , de voir et de décrire ce qu'une femme a d'unique; comme s'il découvrait dans chaque femme ou presque, quelque chose que les autres n'ont pas.Et alors cette femme, il la lui faut.Même si ,ce "petit truc" différent est un défaut. Cf quand il critique les strip tease, "Crazy Horse":"j'exclue les filles trop parfaites dont la régulière beauté nivelle la chair et l'abstrait.J’exhibe les défauts alléchants, les fesses proéminentes, les seins inexistants ou dilatés..""imperfections succulentes".Le mot "chair" ! Tout est là.La chair comme mot clé . Peut-être même avant le mot sexe."Ces photographes célèbres...semblent détester la chair.A force de sophistiquer les angles de vue,les effets de style, ils noient le nu, le tuent"."Moi , Barbe-Bleue, je veux le frissons des viandes."
      Il a une façon naturelle de parler de "ça", du sexe féminin, masculin de sa queue, sa bitte... avec gourmandise .
      Il y a d'autre part des moments extraordinaires: la dispute avec la mère de Léa! La visite de New-york (Je vais la relire , tout haut , comme on lit un poème, juste pour mon plaisir.)La description hallucinante(hallucinée) des putes au bois de Boulogne.
      C'est le premier livre de Patrick Grainville que je lis, mais une chose est sure, ce ne sera pas le dernier.

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