25 octobre 2007

"Fais-moi (très) mal !"

401 - Attention, là on est loin des gentilles petites bluettes vaguement perverses écrites par notre brave Comtesse de Ségur...

Gojitmal sorti au cinéma en 1999 (titre original coréen, le film est intitulé Lies aux USA et Fantasmes (!) en France) est adapté d’un roman de Jang Jung Il qui fit scandale en Corée, lors de sa sortie en 1996, et fut aussitôt interdit par la censure, entraînant même son auteur en prison pour quelques mois...

Jang Sun-Woo (également auteur du scénario) fut pourtant chargé de l’adapter pour le cinéma. On se doute que les choses ne furent pas faciles, d’autant plus que le récidiviste avait déjà réalisé un long-métrage considéré comme "pornographique", (The road to the racetrack -1991) et un autre également adapté de Jang Jung Il. (To you, from me - 1994).

Dans ce huis clos amoureux, Y est une lycéenne de 18 ans qui s'est promis de perdre sa virginité avant la fin de ses études. Après une relation téléphonique trouble avec J, béguin de sa meilleure amie mais surtout homme marié et âgé de 38 ans, la jeune fille se donne dès leur première rencontre sans réserves à cet amant expérimenté dans d’anonymes chambres d’hôtel. Le couple se lance très vite dans un crescendo sexuel sadomasochiste sans tabou, à base de flagellations de plus en plus sévères le menant aux limites du plaisir et de la douleur...

Comme prévu, Fantasmes se vit interdire de projection en Corée, mais l'œuvre fut sauvée par son accueil enthousiaste au Festival de Venise, ce qui n’empêcha pas la censure coréenne de couper environ moins 30 minutes du film et de l’interdire aux moins de 18 ans.

Depuis, l'inattendu succès du film hors de ses frontières (surtout en Europe et en Amérique Latine) dans sa version non censurée ne cesse désormais d'intriguer et de faire réfléchir critiques, médias et censeurs coréens... Le film, bien sûr, aurait pu vite basculer dans le glauque, le voyeurisme, la complaisance. Tenir deux heures sur des images aussi dures, parfois répétitives, constitue un véritable exploit de mise en scène dont l'un des atouts principaux est bien sûr… l'humour !

"Je ne pense pas que la vie ou l'amour soient excitants. Mais j'ai vraiment désiré faire rire le public autant que possible" déclarait curieusement le réalisateur Jang Sun-Woo à Venise. Et c’est vrai que le public rit.

Le côté peu glamour du couple (un homme et une femme aussi banals l'un que l'autre, même si la jeunesse d’Y lui confère un charme certain) facilite cet humour, notre attention se focalisant davantage sur les situations que sur les physiques dénudés des interprètes.

Du coup, l'humour surgit souvent là où on ne l'attendait pas. Comme dans les films du temps du Muet, des cartons annoncent certaines scènes. Ainsi, celle du dépucelage d'Y: "Premier trou" suivi de "Deuxième trou" et ainsi de suite...

Plutôt que de s'offusquer, le spectateur rigole (nerveusement ?) car il ne peut s’empêcher de penser à un parcours de golf...

J ouvrant cérémonieusement sa petite mallette de VRP et révélant tout un lot de baguettes et de bâtons de toutes tailles ne peut que faire sourire et même rire. Les excès de prudence et de gentillesse avec lesquelles les premiers coups sont assénés comme des caresses amusent plutôt, et lorsque le spectateur s'horrifie des cicatrices laissées par les flagellations sur les fesses et les cuisses de Y puis de J (une fois les rapports inversés), le réalisateur met en scène avec beaucoup d'ironie les soins que s'appliquent tour à tour les deux amants avec douceur et amour...

Mentionnons aussi la scène où ils cherchent ensemble dans un parc les meilleures baguettes pour leurs futurs ébats, le tout montré avec autant de légèreté que de complicité entre les personnages... D’ailleurs étrangement, au début du film, dans le montage même, de courtes interventions des deux acteurs face caméra nous rappellent que nous allons voir une fiction.

Lee Sang-Hyun qui joue J déclare en souriant "qu'avec les fantasmes, on peut guérir" tandis que Kim Tae-yeon (Y, 22 ans dans la vie réelle) fait part de son malaise à l'idée de devoir tourner autant de scènes nues mais affirme sa détermination à le faire.

Un peu plus loin dans le film, quand Ouri apprend que sa meilleure amie Y lui a "piqué" J, elle devient hystérique et frappe très violemment sa copine en hurlant de rage...

... Mais la caméra continue de filmer après le "Cut" ("coupez") lancé par Jang Sun-Woo, l'équipe technique apparaît à l'image et la pauvre Kim Tae-Yeon ne peut endiguer ses sanglots malgré le réconfort de sa partenaire, gênée d'avoir été si loin...

J'ai vu Fantasmes sur Canal+ lors de sa diffusion en 2000.

C'était plutôt intéressant, mais franchement, j'en suis resté à distance peut-être parce que nos civilisations et nos manières de penser ont sensiblement peu de points communs. Et que nos visions respectives de cet aspect de la sexualité (SM) diffèrent énormément, notamment sur le plan culturel.

Car même si le film se laisse voir, le cinéma coréen est bien loin du nôtre, et si humour il y a, c’est effectivement plus dans le décalage filmé des situations que dans ce que vivent sous nous yeux des personnages appliqués et bien sérieux, déroulant leurs rituels amoureux avec une gravité totale, quasi religieuse sans un sourire ni une once d’humour apparente. Enfin, c'est mon ressenti. C’est sûr que pour des latins, le film est un ovni…

… Qu’il vaut mieux regarder avec un oeil un tant soit peu averti…






8 commentaires:

  1. lijkt een beetje op een broer zus verhouding mijn zusje vond het ook best als ik op haar billetjes sloeg alleen temperaturen vond ze niet leuk

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  2. Avrai dire j'aime ces deux extraits de filmes car nous somes en présence d'adulte consentants.
    Foin de ces scènes stéreotypés on des barbons fouettent des teenagers....
    Je ne comprends naturellement pas les dialogues mais le jeu des acteurs sonne juste .

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  3. Oui, athos. Ils se sont investis dans le film, vraiment. Je l'ai vu en VO sous-titrée et j'ai bien aimé. Même s'il est vrai que culturellement je me sens très loin de la mentalité sud-coréenne...

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  4. C'est ici que ça se passe pour relire...

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  5. Merci beaucoup, très intéressant billet! Je ai vu ce film il y a quelque temps déjà mais autant que je me souvienne, ce n'est pas l'humour du réalisateur qui m'avait frappée. Vraiment pas.

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  6. Je viens de relire, c'est vrai que je ne l'ai pas revu depuis, c'est un peu comme pour le roman d'Anne Rice: au bout d'un moment, la répétition et le sérieux me lassent

    Mais c'est intéressant.

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  7. Il faut dire qu'il n'y a pas de loup dans la belle aux bois dormants... juste un terrible dragon !

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  8. Ellie ? Il faudrait que des gens ayant lu le livre, enfin l'indigeste trilogie de Rice viennent en causer. Je crois qu'il y a un topic dessus, je vais relancer.

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